Le débrief politique. Emmanuel Macron, président hyper manager

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Emmanuel Macron après la photo du gouvernement, le 18 mai 2017 à l’Elysée à Paris. (PHILIPPE WOJAZER / POOL)

Discours de méthode à l’usage des ministres…

Le premier conseil des ministres du gouvernement Philippe 1 s’est tenu jeudi 18 mai à l’Élysée. Un conseil des ministres au cours duquel le président a fixé les règles. Discours de la méthode à l’usage des ministres, et en particulier des novices en politique. Macron hyper président ? Non, hyper manager. Bienvenue dans un séminaire de cadres dirigeants et dans le monde de l’entreprise ! Un fonctionnement très vertical, la machine anti-couacs est en marche. Le contraste saisissant avec le quinquennat Hollande. Un président et des Ministres bavards c’est terminé. Cette fois, c’est hiérarchie, culture du secret et "spoil system" comme aux États-Unis : remplacer les directeurs d’administrations centrales pour s’assurer que les hauts fonctionnaires ne freinent pas l’action politique.

"Cohérence ne veut pas dire uniformité", a… par franceinfo

.. et des journalistes

Hyper manager et hyper vigilant sur son image et sa communication. Un professionnalisme qui ne rime pas toujours avec journalisme. La volonté de maîtrise est évidente : maîtrise de l’image du candidat en campagne, maîtrise de la com élyséenne désormais, le nouveau président se veut vertical, jupitérien pour ne pas subir la dictature du quotidien, encore moins celle des medias. Emmanuel Macron est "le maître des horloges", répète en boucle son équipe, son tempo est politique, pas médiatique. François Hollande était l’ami des journalistes, leur ouvrant grand les portes du palais, surtout dans les dernières années de son mandat, son successeur fait l’inverse : il bannit les conversations "off", en tout cas avec ceux qu’on appelle les "rubricards" politiques. L’Élysée revendique un droit de regard sur le traitement journalistique des déplacements présidentiels à venir.

Il n’y aura aucune image de la sortie du premier conseil des ministres, ni aucune déclaration. Journalistes évacués, cour fermée. pic.twitter.com/fLN25Rd912

— Sébastien Thomas (@sebnantes) 18 mai 2017

Et François Hollande s’en mêle : il trouve le mouvement En Marche "peu démocratique" même s’il attend de "voir l’évolution". Confidence faite à L’Obs la veille de la passation de pouvoir. Pour l’instant, donc, tout est sous contrôle ou presque : la langue fourche parfois. "Ce gouvernement de renouvellement compte des entrepreneurs, une femme de lettres et de livres, des parlementaires expérimentaux…heu, expérimentés !", a déclaré Christophe Castaner, le nouveau-porte-parole du gouvernement.

Quelle cote pour le couple exécutif ? 45% pour Emmanuel Macron, 36% pour Edouard Philippe selon une enquête de l’institut Elabe pour les Echos. On est très en dessous des niveaux de François Hollande et Nicolas Sarkozy en mai 2012 et mai 2007 qui tutoyaient tous les deux les 60%.

La photo de famille

Après le conseil des ministre, c’est l’heure de la photo de famille. L’Élysée renouvelle le genre : on n’est pas dans le parc, on n’est pas sur les marches dehors, météo oblige, alors tout le monde à l’intérieur, debout dans le vestibule du palais. Les 22 ministres sont répartis de bas en haut des marches de l’escalier qui mènent au bureau du président. Au premier rang, de gauche à droite autour du président Emmanuel Macron : Goulard, Hulot sans cravate, Philippe, Bayrou, Bayrou, Collomb, Le Drian. Placement en fonction du rang protocolaire. Du bleu très foncé sur les costumes, dégradé de bleu aussi sur les cravates. Bruno Le Maire est grand, on le voit bien… beaucoup mieux en tout cas que Mounir Mahjoubi, Christophe Castaner et surtout Marlène Schiappa dont on n’aperçoit que les cheveux.

A l’issue du premier Conseil des ministres, le @gouvernementFR s’est rassemblé autour du président @EmmanuelMacron pour une photo de famille pic.twitter.com/whdwaq1SoV

— Élysée (@Elysee) 18 mai 2017

Législatives, Bruno Le Maire risque gros

Autre temps fort de ce conseil des ministres : la consigne passée sur les législatives. Tous les ministres devront mouiller la chemise pour les candidats de La République en marche. Ça s’adresse aux trois transfuges de LR : Édouard Philippe, Gérald Darmanin et Bruno Le Maire qui a pris des risques, s’il perd aux législatives dans l’Eure, il pourra dire au revoir à Bercy. Le FN a fait près de 30% au premier tour et Les Républicains lui mettent un adversaire dans les pattes.

"Il serait beaucoup plus confortable pour moi de rester dans mon bureau de ministre et de dire, maintenant que j’ai obtenu une mission qui est absolument passionnante, que je ne me présente pas devant les électeurs et je me consacre à mon métier de ministre. Eh bien non, je fais un autre choix qui est de dire dans une démocratie, quand on fait un choix politique, c’est important que ce soit le peuple français qui le tranche", a dit Bruno Le Maire en déplacement à Ris-Orangis.

Le PS espère redevenir audible

Et maintenant que le gouvernement est constitué, le PS espère redevenir audible et retrouver un axe de campagne pour les législatives. "Gérald Darmanin s’est fortement opposé au mariage pour tous, Jacques Mézard s’est illustré au Sénat comme grand défenseur du cumul des mandats et Bruno Le Maire plaidait notamment pour la fin du statut de la fonction publique territoriale. Ce gouvernement de droite pour la droite ne peut inspirer la confiance", a déclaré Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, ce jeudi, rue de Solferino à Paris.

Le carton jaune du débrief

Pas de note du débrief mais un avertissement aux équipes de l’Élysée ce jeudi. Elles ont fait savoir, en marge du conseil des ministres, qu’elles choisiraient désormais les journalistes habilités en fonction de leur spécialité, à suivre Emmanuel Macron dans ses déplacements en France et à l’étranger. Qu’il n’y ait pas toujours de la place pour tout le monde, c’est une chose, mais c’est aux rédactions de déterminer qui couvre, qui suit, qui rapporte les faits. N’inversons pas les rôles sinon c’est un abus de pouvoir. Une quinzaine de rédactions, dont celle de franceinfo, ont déjà signé la lettre ouverte adressée à la présidence de la République.